A travers l’objectif : LoKan Sardari

Dans le monde de la création de contenu et de la photographie, il y a ceux qui théorisent, et il y a ceux qui font. Depuis près de vingt ans, Lokan Sardari trace sa propre route dans le paysage numérique francophone. Geek nomade autoproclamé, passionné de l’écosystème Apple, de tech, mais aussi mordu d’ultra-marathons et de grands espaces, il incarne cette liberté farouche de créer sans s’enfermer dans une seule case.

Découvrez dès maintenant notre nouvelle interview : Lokan Sardari, créateur de contenu incontournable, qui a accepté de passer de l’autre côté du miroir pour notre série « À travers l’objectif ». À travers cet échange authentique et sans détour, il se livre sur son parcours, son rapport viscéral à l’image né dès l’enfance, ses doutes face à la surcharge mentale, mais aussi sur sa vision de la narration. Installez-vous confortablement : découvrez le monde à travers le regard d’un passionné qui a choisi de vivre ses projets à 100 %.

Introduction et parcours : présentation succincte

Pour commencer, peux-tu te présenter en quelques mots (nom, parcours, et ce qui a fait basculer ta passion pour l’image et la création de contenu en activité principale) ?

Avec plaisir ! Je m’appelle Lokan Sardari, je suis né en février 1987 (39 ans) et je suis aujourd’hui créateur de contenu à temps plein. Je publie majoritairement des vidéos YouTube et Instagram (formats horizontaux et verticaux) gravitant autour de la tech et du monde Apple, avec beaucoup trop de curiosité pour à peu près tous les sujets. C’est comme ça qu’on se retrouve à faire des marathons, des ultra marathons, présenter du matériel de bivouac, des sacs à dos, ou présenter un voyage en Business.

J’ai toujours été passionné par l’image, depuis tout gamin. Mon père aimait la photographie aussi et il y avait toujours un vieux boitier Olympus OM-1 sous la table basse du salon (avec des harmonicas, des flutes) et c’était mon terrain de jeu. Il avait également des livres de photos et même si on n’en a jamais parlé ensemble, c’est peut-être ce qui a contribué à ma curiosité. D’une certaine manière, c’était dans le sang, je pense.

En dehors de tes activités visuelles (photo/vidéo), quelles sont tes autres passions ou centres d’intérêt qui nourrissent ta créativité au quotidien ?

J’ai toujours fait beaucoup de sport et j’aime être en forme, donc je bouge pas mal (si on est honnêtes, ce n’est plus vraiment le cas depuis que je travaille tout le temps depuis la maison). Quand je fais du sport, mon cerveau peut vadrouiller un peu partout et récupérer des idées qui donneraient des vidéos ou articles sympa.

Mais si on reste sur ta question, je ne crois pas qu’il y ait tant de choses que ça qui nourrissent ma créativité. La source est souvent ma propre curiosité, ou les retours de lecteurs qui vont me remonter une nouveauté, ou quelque chose à tester (par le biais de commentaires, par exemple).

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Tu es souvent en déplacement ou en voyage pour tes projets. Comment parviens tu à concilier cette vie nomade avec la régularité exigée par les réseaux sociaux et la gestion de ta communauté ?

Euh… je pense que je n’y arrive pas 🤣 J’essaye de donner l’illusion que c’est le cas, mais la réalité est tout autre. Il y a eu pas mal de semaines durant lesquelles je n’ai pas posté un seul vertical sur mon Instagram, tout simplement parce que j’étais épuisé, ou que je n’avais pas pu les tourner, ou que je n’avais pas d’idées.

La réalité, c’est ça : une bonne partie du temps, je suis défoncé et je n’arrive pas à me concentrer sur des tâches à valeur ajoutée (créer une vidéo) alors je réponds aux commentaires parce que c’est « facile ». Mais ce n’est pas de la production : tu ne peux pas faire ça toutes tes journées. Le sommeil et la surcharge mentale sont des vrais gros sujets pour moi (les plus importants réalité).

Le créateur et son sac : matériel et workflow

Quel est ton kit photo/vidéo essentiel ? Le boîtier et l’objectif qui ne quittent jamais ton sac pour un projet ?

Je suis absolument dingue de mon Sony a1 Mark 2, couplé au 16-35 f/2.8 GM2. Sony a récemment sorti un 28-70 f/2 qui est GENIAL ! J’adorerai un 20-70 f/2.8 : si cet objectif sortait, peu importe le prix, je le prendrai.

Si tu devais partir ultra léger pour un court voyage ou un week-end, quel serait ton kit minimal pour capturer à la fois la qualité de l’image et la polyvalence ?

Ultra-léger ? Rien ! Mon iPhone 17 Pro Max. C’est un des sujets qui me font râler depuis des années : en 2010, j’avais toujours un boitier en bandoulière et je prenais beaucoup de photos tout le temps, des gens, des soirées, etc. J’ai plein de souvenirs de cette période. Paradoxalement, depuis que les smartphones sont devenus ce qu’ils sont, les gens bloquent plus facilement sur quelqu’un qui se promène avec un boitier et j’ai de plus en plus tendance à le laisser sur le bureau de l’hôtel lorsque je pars en soirée (sauf si je dois filmer).

Tu es plutôt du genre à tester du matériel dernier cri, ou à rester fidèle à des outils que tu maîtrises parfaitement pour optimiser ton workflow ?

Ah ! La question PAR-FAITE !!! J’ai tendance à tester pour savoir ce que ça pourrait m’apporter et pouvoir dire « non » en connaissance de cause, car ce que j’ai me convient parfaitement.
Cette question est parfaite parce que je suis quelqu’un qui remet en question son organisation chaque semaine et je me suis posé récemment la question de migrer mon process « Drafts + Rappels + Calendrier + Notes » vers Obsidian… et j’ai perdu des journées d’existence pour ne rien gagner en productivité. J’ai ENFIN compris que ça ne sert à rien de changer tout le temps d’outils, une fois qu’on a trouvé un système qui permet de réaliser 80-90% de ce qu’on veut facilement.

Une fois le contenu capturé, quel est ton environnement de post-production (ordinateur, logiciels) pour trier, traiter et donner vie à tes images et vidéos ?

Team Apple ici, et c’est grâce au Mac que je fais ce que je fais aujourd’hui. En 2006, toutes les applications dont tu avais besoin pour faire de l’image étaient intégrées gratuitement sur ton Mac, comme aujourd’hui. C’est ce qui m’a mis le pied à l’étrier.

Aujourd’hui, j’ai un setup « nomade augmenté » : la base est un MacBook Pro 14″ M4 Max full config (8 To SSD, 128 Go Unified Memory, nano-textured glass). C’est mon premier 14″, j’ai choisi ça pour pouvoir l’utiliser plus facilement en avion etc, mais je le remplacerai pas un modèle 16″ avec les modèles OLED en 2027.

Je peux travailler de partout, sans avoir à brancher un SSD ou transférer des documents. Tout est en interne.

Au bureau, j’ai un Studio Display XDR, clavier, souris. Je raccorde un simple câble Thunbderbolt de mon écran à mon Mac, et le partage d’écran démarre, le réseau câblé se connecte, l’alimentation recharge la batterie. J’ai un mStand de Rain Design pour surélever le Mac au niveau de l’écran (tout le setup est sur la page lokan.fr/about).

Vision et style

Quand tu cadres un sujet, un paysage ou une scène urbaine, qu’est-ce qui guide réellement ton regard : l’esthétique pure, la nécessité narrative, ou l’émotion de l’instant ?

C’est souvent une histoire de perspective et de profondeur de champ. Je ne suis pas bon pour développer une image donc si le cadrage ne fait pas une bonne partie du travail, c’est de suite fade. Les lignes de force et le bokeh me permettent facilement d’amener le regard de quelqu’un là où j’ai moi-même posé le mien.

Comment t’assures-tu que tes photos ou vidéos évoquent plus que de « belles images » ? Quelle est la signature, l’intention, qui doit transparaître ?

Je vais tuer ton article mais… je ne fais pas ça haha. C’est la différence entre moi et des vrais photographes comment toi ou Michael : y’a une émotion quand on regarde vos clichés. Moi c’est presque de la photocopie.

Si tu devais décrire l’émotion dominante de ton travail, que ce soit en photo ou en vidéo, ce serait laquelle ?

Le fun ? C’est pas la réponse que tu attendais, mais comme disait le Joker : « Why so Serious?« 

Expérience et anecdotes de terrain

Te rappelles-tu de ta première photo ou vidéo vraiment marquante, celle où tu t’es dit : « c’est ça que je veux faire de ma vie » ?

Je ne crois pas m’être dit un jour « je veux faire ça de ma vie » en parlant de création de contenu. La preuve, c’est que j’ai considéré ça « sérieusement » très tard (j’ai quitté mon taf en juillet 2024 pour vivre à fond de la création). Je crois que j’ai toujours été dans le déni de ce que ça pourrait donner si ça devenait un métier (spoiler, un truc génial).

Paradoxalement, je me souviens parfaitement de qui je voulais être quand j’avais 10 ans : j’imaginais un jeune homme avec toujours un sac à dos, un ordinateur portable à l’intérieur, cahier, stylos, lampe torche… le geek nomade, mais je te parle de ça y’a 30 ans. Aucun smartphone ne fait partie de l’équation haha. Mais y’a un Palm !

Quelle a été ta plus belle surprise ou rencontre inattendue lors d’un shooting, d’un événement, ou d’un voyage ?

J’aime beaucoup les déplacements aux USA car les gens sont beaucoup plus avenants. Quand tu te promènes dans la rue avec un appareil photo sur une Capture Clip, tu as forcément un mec qui va t’arrêter et te parler photo, te demander ce que tu shootes, mais surtout, te demander ton Instagram pour venir t’y suivre. Les gars s’abonnent dans la rue, directement (pas pour jeter un œil discret, sans laisser de traces comme ici). C’est un vrai ice breaker et j’adore échanger avec les gens : je discute toujours avec un pompier que j’ai pris en photo à NYC, par exemple.

À l’inverse, quelle galère sur le terrain (imprévus techniques, météo capricieuse, logistique complexe, etc.) tu n’oublieras jamais ? Une vraie leçon d’humilité.

Ah putain ! L’ultra marathon de San Francisco. Il pleut, les micros DJI Mic sont connectés au Sony via la griffe flash et je ne percute pas que la griffe flash n’est pas étanche : on a beaucoup de plans avec un son qui grésille ou pas de son du tout.
Vraiment rageant techniquement.

La passion et le sens

Qu’est-ce qui te pousse à te lancer dans de nouveaux projets, parfois longs ou complexes ? Qu’est-ce qui t’anime fondamentalement dans le processus de création ?

C’est peut-être utopique, mais je pense encore que si je fais du contenu c’est parce qu’il peut plaire aux gens. C’est pour ça que je suis autant attaché à la politesse, le respect et la reconnaissance dans les commentaires : je m’implique vraiment dans ce que je fais. C’est pas pour gagner de l’argent ou être célèbre, sinon j’aurait fait les choses très différemment (mais ça va à l’encontre de mes valeurs, donc j’aurai souffert).

Si je prends mon pied en faisant du contenu, alors ce sera du bon contenu.

Qu’est-ce qui fait, selon toi, qu’un contenu (photo ou vidéo) « raconte une histoire » et captive l’audience ?

Casey Neistat répète que ce qui est le plus important c’est l’histoire. Pas la quantité de pixels sur une vidéos, pas le bokeh, pas le cadrage : l’histoire. Ce mec est génial car il a proposé beaucoup de vidéos qui sont partiellement floues, mais on s’en fiche, parce qu’il t’embarque dans une histoire à chaque fois. Sa narration est folle.

C’est mon sujet depuis septembre : faire des vidéos qui racontent une histoire, donc qui sont écrites, au lieu de partir en live à chaque fin de phrase. Je sais où je dois aller, chaque bloc est construit en fonction du bloc précédent et du suivant, et l’audience comprend facilement la logique. Si je dois partir en sucette, j’ai la chaîne Studio pour ça.

Y a-t-il un moment intime ou silencieux lors d’un tournage ou d’un voyage qui t’a profondément marqué – quelque chose que personne ne verrait si tu n’étais pas là, caméra en main ?

Hélas, je n’ai pas la capacité de partager une anecdote poignante ici haha

Bonus et conclusion

Quel est le seul conseil que tu donnerais à quelqu’un qui voudrait se lancer dans la création de contenu professionnel aujourd’hui ?

On parlait de Casey Neistat y’a pas longtemps. Il disait « Keep Uploading« .
Je suis en train de lire un bouquin où le mec dit continuellement « NOW, not how« .

Je fais du contenu moyen depuis 20 ans, sans plus me prendre la tête que ça, mais j’en vie, parce que j’ai conscience qu’une idée que je ne partage pas est une idée que personne ne verra. Peu importe la forme, il faut que ça sorte. Et la prochaine fois ce sera mieux.

Trouver un rythme de publication qu’on peut tenir dans le temps et peu importe ce qu’il se passe dans ta vie, publier ! A force de répéter, à force de pratiquer, ça deviendra plus facile, plus fluide, plus joli. Mais il faut accepter de commencer à sortir des trucs qui sont pas oufs. Parce que la réalité, c’est que tout le monde s’en fou 😉

Quelle est « la photo ou le projet de ta vie » que tu rêves encore de réaliser ?

J’adorerai faire une vidéo « mon histoire d’amour avec Apple ». Le hasard veut que ce sont les 50 ans d’Apple en 2026…
C’est un taf de fou, il faut énormément de plans, et fouiller dans mes 20 ans d’archives pour trouver des anciennes images.

Quelle est ta plus grande fierté liée à ton activité de créateur de contenu et de photographe ?

LA COMMUNAUTE ! Sans hésiter ! Quand je vois les gens géniaux qui suivent mon contenu, qui participent, qui soutiennent, c’est juste BEAU ! C’est rare et j’en suis très fier. C’est la récompense ultime de 20 ans de tests francs et honnêtes. Quand je lis les retours des personnes qui arrivent sur le Discord, comment ils m’ont découvert, ou des personnes que mon contenu a aidé à passer des moments difficiles parce que chaque soir on avait rendez-vous ensemble pour une nouvelle vidéo… ouai… ça met des papillons dans le ventre, clairement !

Un grand merci à Lokan !

Au fil de cette discussion, ce qui frappe chez Lokan, c’est cette honnêteté brute, presque désarmante, loin des faux-semblants des réseaux sociaux. Qu’il évoque ses galères techniques sous la pluie de San Francisco ou la quête permanente du bon rythme de publication, il nous rappelle une vérité essentielle de notre métier : la création est un marathon, pas un sprint. Il n’y a pas de formule magique, juste de la constance, du travail et l’acceptation de l’imperfection pour avancer.

Au final, que l’on capture l’immensité d’un paysage alpin ou les lignes épurées du dernier boîtier à la mode, l’essence reste la même : raconter une histoire et vibrer avec ceux qui la reçoivent. Un immense merci à Lokan pour sa générosité et sa franchise. Pour prolonger l’expérience, n’hésitez pas à le rejoindre sur ses chaînes ou à venir échanger sur son Discord — là où bat le cœur d’une communauté soudée par vingt ans de passion partagée.

Vous pouvez retrouver Lokan et suivre son travail via les liens suivants :


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