A travers l’objectif : Mathis Dumas

Mathis Dumas est de ceux pour qui la montagne n’est pas seulement un terrain de jeu, mais un véritable langage. Alpiniste, guide de haute montagne, photographe et réalisateur, il conjugue l’aventure et l’image avec une intensité rare. Installé à Chamonix, il vit au rythme des parois, des lumières d’altitude et des levers de soleil glacés. Toujours un appareil en bandoulière, il capture autant la beauté brute des sommets que l’émotion intime d’un instant suspendu.

À travers cette rencontre, il nous parle de son sac photo, de ses galères en paroi, de ce qui guide son regard… mais aussi de son rapport profond à la montagne, entre engagement, création et quête de sens.

Copyright : Jordan Manoukian

Présentation succincte

Peux-tu te présenter en quelques mots (nom, âge, parcours) ?

Je m’appelle Mathis Dumas, j’ai 31 ans et je vis à Chamonix. Je suis guide de haute montagne, photographe et réalisateur. J’ai eu la chance de mêler mes deux passions la montagne et l’image dans mon travail.

Qu’est-ce qui t’a poussé à conjuguer photographie, cinéma, alpinisme, guide de haute montagne ?

J’ai commencé très jeune à grimper, puis à photographier mes amis en paroi. Petit à petit, c’est devenu une manière de raconter les émotions qu’on vit là-haut. Aujourd’hui, je vis de cette double casquette : accompagner des gens en montagne et raconter ces histoires à travers mes images et mes films.

En dehors de tes activités de montagne et visuelles, quelles sont tes autres passions ?

En dehors de la montagne, je suis passionné par le sport d’endurance, le vélo, le trail, la musique et tout ce qui me permet de rester curieux et en mouvement.

Copyright : Jordan Manoukian

Le photographe et son sac

Qu’est-ce qui ne quitte jamais ton sac lorsque tu pars pour une sortie en montagne ? (Tu dis que tu ne pars jamais sans ton appareil photo…)

Mon sac, c’est un peu une extension de moi. Il y a toujours un boîtier Sony, souvent l’Alpha 1 ou 9III, une paire de gants légers, un buff, une frontale, et toujours un peu de quoi manger.

Si tu devais partir léger, quel serait ton kit minimal pour capturer l’intensité d’un lever de soleil au sommet ?

Si je devais partir ultra léger pour un lever de soleil : un boîtier, une batterie, un 24–70 mm et c’est tout. L’essentiel, c’est de ne pas rater le moment, pas d’avoir tout le matos du monde.

Ton équipement favori : boîtier, objectifs, drone, sellette de parapente ? As-tu une marque fétiche, ou tu adaptes selon chaque projet ?

Je bosse avec Sony, ZAG Skis, Scarpa, The North Face, Buff… donc j’adapte mon matos selon les projets, mais j’aime surtout les outils fiables, ceux qui ne me lâchent pas à -20 °C.

Tu es plutôt du genre à tester du matos dernier cri ou à rester fidèle à ce que tu maîtrises bien ?

Je ne cours pas après la nouveauté : je préfère maîtriser ce que j’utilise à fond.

Et une fois redescendu de la montagne, côté informatique : quel ordinateur et quels logiciels utilises-tu pour trier, traiter et donner vie à tes images ?

Côté post-prod, je travaille sur MacBook Pro, avec Lightroom, Photoshop, DaVinci Resolve ou Premiere Pro selon les projets.

Vision et style

Quand tu cadres un paysage, qu’est-ce qui guide vraiment ton regard ? (l’esthétique, la narrative, l’émotion…)

Quand je cadre, ce que je cherche, c’est l’émotion avant tout.

Comment fais-tu en sorte que tes photos évoquent plus que “juste un beau paysage” ?

Je veux qu’on ressente la fragilité de l’instant, le souffle, la fatigue, le froid. Une photo réussie, pour moi, c’est celle qui raconte plus qu’elle ne montre.

Si tu devais décrire l’émotion dominante de tes images, ce serait laquelle ?

Si je devais résumer l’émotion dominante de mes images, ce serait le vertige tranquille : ce mélange de liberté, de peur, d’émerveillement et de calme absolu.

L’expérience en montagne

Te rappelles-tu de ta première photo vraiment marquante en altitude ?

Ma première photo vraiment marquante, c’était un lever de soleil sur les Grandes Jorasses depuis la Verte. Une lumière irréelle, et ce sentiment d’être à ma place.

Quelle a été ta plus belle surprise ou rencontre face à un lever de soleil ou une ligne d’altitude ?

La plus belle surprise : un matin au Népal, sur le Mera Peak, quand la lumière a touché l’Everest pour la première fois… un silence total, juste le vent.

Au contraire, quelle galère en montagne (froid extrême, visibilité nulle, imprévus techniques…) tu n’oublieras jamais ?

Et la galère ? Une nuit bloquée à l’Aiguille du Midi sans duvet, sans eau, sans bouffe. Une leçon d’humilité et un bon rappel que la montagne, tu ne la maîtrises jamais vraiment.

La passion et le sens

Qu’est-ce qui te pousse à partir avant l’aube, parfois dans des conditions rudes ?

Ce qui me pousse à partir avant l’aube, c’est cette envie de me sentir vivant. Ces moments où tout se joue dans le silence, avant que le monde se réveille.

Est-ce que la montagne a changé ta manière de voir le monde, de vivre ?

La montagne m’a appris la patience, la simplicité et la gratitude. Elle m’a aussi appris à relativiser : quand tu te retrouves à 8 000 m dans la tempête, tout le reste devient secondaire.

Selon toi, qu’est-ce qui fait qu’une photo “raconte une histoire” ?

Une photo raconte une histoire quand elle te fait voyager sans contexte. Quand tu peux la regarder sans connaître l’endroit, mais que tu ressens quelque chose.

Copyright : Jordan Manoukian

Quelques questions plus intimes

Quand tu grimpe ou skie dans des endroits extrêmes, t’imagines tu plutôt poète, aventurier ou reporter ?

Quand je suis là-haut, je suis un peu les trois : poète, aventurier et reporter. Le poète, parce que j’essaie de traduire la beauté du moment ; l’aventurier, parce que j’aime me confronter à l’inconnu ; et le reporter, parce que je veux témoigner.

Y a-t-il un moment intime ou silencieux en montagne qui t’a profondément marqué — quelque chose que personne ne verrait si tu n’étais pas là, appareil en main ?

Un moment intime ? Peut-être ce matin sur l’Everest où, après des semaines d’effort, j’ai vu le soleil passer au-dessus du monde. C’était simple, silencieux, et j’ai compris pourquoi je fais ce que je fais.

Tu vis à Chamonix, au cœur des Alpes — que représente pour toi ce lieu, presque comme une maison ?

Chamonix, c’est plus qu’une maison : c’est un terrain d’expériences, un laboratoire de vie. Chaque jour, je croise des gens qui rêvent, qui osent, qui tombent, qui recommencent. Ça m’inspire.

Copyright : Jordan Manoukian

Bonus pour l’article

Si tu ne pouvais donner qu’un seul conseil à un photographe qui voudrait débuter en montagne, ce serait quoi ?

Mon conseil à un photographe qui veut débuter en montagne : commence léger. Marche, regarde, ressens. L’émotion avant la technique.

Quelle est la “photo de ta vie” que tu rêves encore de prendre ?

La photo de ma vie que je rêve encore de prendre ? Peut-être une ascension au coucher du soleil sur un 8 000 en ski, avec cette lumière dorée qui n’appartient qu’à ceux qui y étaient.

Quelle est ta plus grande fierté liée à ton activité de photographe et guide ?

D’avoir réussi à relier mes passions, à ne pas avoir choisi entre l’alpinisme et l’image, et de voir que mes photos inspirent les autres à sortir, à vivre, à rêver.

Une dernière question, quel photographe aimerais-tu voir pour le prochain article ?

Et pour le prochain article, j’aimerais lire un photographe comme Ben Tibbetts ou Jimmy Chin des gens qui ont su garder la poésie malgré la performance.

Retrouvez Mathis sur le web et en librairie

J’en profite pour vous partager les liens web de Mathis ainsi que son livre, une belle découverte à ne pas manquer : dans L’Ascension, Mathis partage son parcours des remontées mécaniques aux sommets de l’Everest, mêlant images puissantes, défis en haute montagne et leçons de vie pour apprendre à se dépasser.

Merci Mathis d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et de partager ton parcours avec authenticité. Grâce à cet échange, mes lecteurs en savent désormais un peu plus sur toi, ton univers et ta vision de la montagne. Une belle rencontre inspirante, entre passion, aventure et dépassement de soi.

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4 commentaires

  1. Un parcours fascinant ! Réussir à conjuguer les rôles de guide de haute montagne, photographe et réalisateur demande une passion et une polyvalence exceptionnelles. C’est la preuve qu’on peut vivre de ses passions sans choisir entre la technique et l’art.

  2. Super interview, très belle rencontre. On sent vraiment sa passion pour Chamonix et les sommets.

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